Tournai

Tournai est une ville au passé riche : l’une des plus anciennes villes de Belgique, première capitale et berceau des rois de France. Il est donc normal d’y retrouver de nombreux vestiges militaires.
S’il n’y a plus de vestiges apparents de l’époque romaine, son nom est influencé par la langue latine.
Des Francs, il ne reste que le souvenir du fabuleux trésor de Childéric.
Le moyen-âge nous laisse de nombreux vestiges de la première et de la seconde enceinte communale. De nombreuses tours et courtines sont encore visibles dans les rues, dans certains jardins particuliers ou intégrés dans de nouvelles constructions (tour des Dominicains).
L’ancien donjon de la citadelle qui a été construite par les anglais en 1515 (Tour Henry VIII) nous rappelle que Tournai est la seule ville belge à avoir été anglaise.
La deuxième enceinte est ensuite modernisée par Vauban et le passage de Louis XIV laisse de nombreuses traces d’architecture militaire : souterrains de la citadelle, casernes et hôpitaux militaires des XVII et XVIIIe siècles.

Plan relief de 1701 (copie) au Musée du Folklore

Les hollandais marquent le XIXe siècle de leur empreinte : casernes du pentagone de la citadelle aujourd’hui quartier Général Baron Ruquoy et fortins avancés de l’ancienne citadelle (lunettes No1 (Fort-Art) et No2).
Outre les deux guerres mondiales qui laissent de nombreux souvenirs douloureux comme le sacrifice des Vendéens le 24 août 1914 ou les bombardements de 1940 et 1944, le XXe siècle voit les casernes se transformer. Sous le règne du roi Léopold II, la caserne Saint-Jean perd ses bâtiments de l’époque de Louis XIV pour être transformée tandis que les casernes hollandaises de l’ancienne citadelle sont une première fois modernisées et qu’un nouvel hôpital militaire (De Bongnie) est construit.
Aujourd’hui, malgré de brillants projets de rénovation urbaine (hôpital militaire De Bongnie, Tour Henry VIII) et de belles réalisations (Fort rouge), nombres de ces vestiges sont menacés : les fortifications des tours Saint-Jean et Marvis disparaissent sous les lierres qui menacent leur stabilité, le Pont des Trous est au cœur des préoccupations de nombreux Tournaisiens inquiets des projets d’élargissement de l’Escaut, les vestiges de l’ancienne porte principale des citadelles françaises et hollandaises sont envahis par la végétation qui finira par déstabiliser l’ensemble…. Il y a encore beaucoup à faire pour valoriser tout le patrimoine militaire de notre ville.

Origine

L’origine de Tournai, une des villes les plus anciennes de la Gaule-Belgique, se perd dans la nuit des temps.  Lorsque les romains firent la conquête des Gaules, ils trouvèrent dans la Nervie des bourgades déjà très anciennes dont Tournai à l’existence avérée.

Le nom de la ville a fait naître de nombreuses hypothèses parmi lesquelles les plus souvent reprises sont une origine celtique ou romaine.  D’une part, les mots “Tur” ou “Dur” (porte, passage) et “ac” ou “aek” (eau) formant “Tur-in-ac” et par contraction linguistique “Turnac” aurait abouti à la forme latine “Turnacum” ou “Tornacum”.  D’autre part, l’appellation dériverait du domaine d’un dignitaire romain nommé Turnus, ceci étant assez fréquent à l’époque, tel Antoing, domaine d’Antoninus.

Le nom de “Tornacum” apparaît en tout cas sur la table dite de Peutinger, table que reprend un document des environs de 230.  Au Vème siècle, l’itinéraire d’Antonin indique une “Civitas Tornacensium” alors que Saint-Jérôme écrit “Tornacus” en précisant qu’elle est détruite par les romains.

Le nom roman Tornai (prononcer Tor-na-i) dérive directement du nom latin et évoluera en Tournai (Tour-na-i).  Au XIVe siècle, les scribes répugnaient de terminer un mot par un “i” simple (ainsi Roi s’écrivait Roy alors que le pluriel était Rois).  Ainsi on retrouvera l’écriture “Tournay”. Cette habitude durera jusqu’aux environs de 1856 où le nom retrouvera son “i” d’origine.

La pierre de Brunehaut, village de Hollain

Les Romains

La plus ancienne cité de Belgique ?

Avec Tongres, Tournai est une des premières agglomérations qui naquit sous le régime romain. Le premier document authentique qui confirme l’existence de Tournai est une carte (la table de Peutinger) ou la ville (Turnaco) figure comme station postale. L’itinéraire d’Antonin datant du IIIème siècle après Jésus-Christ situe la ville dans l’empire romain sur un important noeud routier qui relie Boulogne à Cologne. Tournai, civitas Tornacensis, devient le chef lieu de la Ménapie en Belgique Seconde.

Contrairement à ce qu’on a cru longtemps, Tournai n’était pas seulement une petite station où l’on fabriquait des vêtements militaires. Ce fut rapidement un grand centre qui s’étendait le long de la rive gauche de l’Escaut sur une quinzaine d’hectares. Sa population très dense disposait de tout le confort d’alors : aqueducs, hypocaustes, …. Les fouilles ont révélées des restes de poteries prouvant la multiplicités des échanges commerciaux avec l’étranger. On pratiquait déjà l’extraction de la pierre exportée pour la construction de routes, ponts et digues.

La conquête de la Bretagne de l’an 43 provoque l’établissement d’un camp militaire sur les hauteurs de “la Loucherie”.

Avec l’augmentation de l’insécurité des frontières de l’empire romain et le rapprochement de celle-ci, Tournai va s’entourer d’une première muraille afin de se défendre contre les envahisseurs germaniques. En 406, la ville est prise par les Vandales.

Mérovingiens

La cité royale

En 430, les Francs saliens s’emparent de la ville et en font la capitale de leur petit royaume.  Cette conquête marque l’origine du titre de cité royale.  Clodion bâtit un palais royal dans la partie haute de l’enceinte, probablement à l’emplacement de l’actuel évêché.  Mérovée, fondateur de la dynastie mérovingienne, lui succède.  Le tombeau de son fils Childéric, célèbre pour son trésor retrouvé en 1653, confirmera l’important statut de la ville.  A sa mort en 481, Clovis lui succédera et suite à ses nombreuses conquêtes déménagera sa capitale à Soison en 486 puis à Paris.

Mais si Clovis abandonne Tournai, il ne l’oublie pas. Il l’élève au rang de ville épiscopale et Saint Eleuthère devient son premier évêque.  Représentant du Roi il s’est établit vraisemblablement dans le palais royal et y a construit une cathédrale mérovingienne à proximité.

A la mort de Clothaire, son empire fut divisé entre ses fils qui se lancèrent dans une guerre de succession.  Chilperic se réfugia dans sa cité de Tournai et il fut assiégé par son frère Sigebert.  Le siège ne prit fin qu’après le meurtre de Sigebert à Vitry.

Carolingiens

Une période d’oubli

Tournai tombe peu à peu dans l’oubli et bientôt son évêque part résider à Noyon.  Les deux évêchés ne seront cependant jamais fusionnés.

En 843, l’empire de Charlemagne est partagé entre ses trois petits-fils, en vertu du traité de Verdun.  L’Escaut sert de frontière, sa rive gauche dépend de la France et la rive droite du Saint Empire Romain Germanique à l’exception du quartier des Chaufours.

Lors des invasions normandes en 881, la ville est incendiées et les tournaisiens se réfugient à Noyon avec les reliques et trésors de la cathédrale.

 

L’équipement du soldat franc

La Tour Saint-Georges

Courtine et tour du Cygne

Le Fort Rouge – XIIIe siècle

XIIe siècle

La première enceinte communale

En 898, Charles le simple confirme le pouvoir de l’évêque et lui donne le pouvoir comtal sur Tournai.  Sur la rive droite, les environs de la ville tombent aux mains des comtes de Flandre qui y établissent un château sur un îlot de l’Escaut : l’ile Saint Pancrace (aussi appelée « le Bruyle »).  A partir de 912, les travaux relèveront le rempart de la ville : c’est l’enceinte épiscopale.

Assiégé en 1054, le château du Châtelain flamand du Tournaisis, et non la cité épiscopale, fut pris, pillé et incendié par l’empereur Henri III alors en guerre contre Baudouin de Lille, comte de Flandre.  L’empereur aurait installé son camp dans le quartier Saint-Brice, toujours sans défense.

Vers 1147, la ville est érigée en commune. En 1188, tournai dépend directement de la couronne française.  Le roi Philippe Auguste accorde à la ville une charte de franchises, lui garantissant un lien direct avec la couronne.  Tournai devient un bastion avancé du royaume de France orienté contre le Saint Empire et faisant peser une menace directe sur ses turbulents vassaux comme le comte de Flandre.

De 1188 à 1202, la première enceinte communale est construite.  Elle protège les quartiers du marché, de Saint-Piat et de saint-Brice.

XIIIe siècle

La deuxième enceinte communale

Le rattachement direct au royaume de France et la promesse militaire de soutien des tournaisiens irrite le comte de Flandre Baudouin IX. En 1197, il assiège la ville qui tant bien que mal parvint à conclure une trêve. Ce n’était que partie remise. En 1213, les flamands assiègent à nouveau la cité qui sera prise et pillée. Les tournaisiens se vengeront un an après à la bataille de Bouvines où les armées flamandes alliées aux anglais furent taillées en pièces.

Durant le XIIIème siècle, la ville connaît un important essor démographique. De nouveaux quartiers apparaissent tant sur la rive gauche que sur la rive droite. La deuxième enceinte communale sera alors érigée.  De 1277 à 1295, la rive gauche sera fortifiée et les travaux de la rive droite s’étaleront de 1289 à 1302.  L’ampleur de la nouvelle enceinte sera telle qu’elle suffira à contenir la ville pendant les six siècles suivants. Le tracé de cette enceinte correspond plus ou moins à celui des actuels boulevards.

En 1302, après la victoire flamande du 11 juillet 1302 lors de la bataille de Groeninghe mieux connues sous le nom de ‘bataille des éperons d’or’, les milices flamandes dévastent le Tournaisis et mettent le siège devant la ville.  Vite découragées par les nombreuses sorties des renforts français, elles lèveront le camp après une trêve.

Le siège de 1303 fut précédé par de nombreuses escarmouches, au cours desquelles les tournaisiens victorieux exaspérèrent les flamands. Une coalition regroupant Flamands, Lilois, Douaisiens et Namurois attaqua la ville.  Elle se borna a n’investir que la rive gauche de l’Escaut, entre la porte de sainte-fontaine et la porte de Valenciennes.  Les portes de la rives droite, bien gardées restèrent ouvertes ce qui permettait un excellent ravitaillement de la cité.  Malgré de violents assauts toujours repoussés, les assiégeants piétinaient devant les murailles.  Finalement, le Roi de France négocia une trêve qui dura jusqu’en mai 1304.  Philippe le Bel écrasait alors les milices flamandes à la bataille de Mons en Pevèle le 18 août 1304.

Les tournaisiens restèrent ensuite fidèle au roi de France lors de la guerre de cent ans.  Jeanne d’Arc les invita à se rendre à Reins pour le couronnement de Charles II en s’adressant au « gentils et loyaux franchois de la ville de Tournay ».  La ville endurera encore un long siège de 58 jours du 1er août au 27 septembre 1340.  Tournai fut attaquée à trois endroits différents, à la porte de Lille , à la porte de sainte-fontaine et au pont des trous qui était la principale porte d’eau.  La ville résista si bien au roi d’Angletere Edouard III et aux milices flamandes de Jacques Van Artevelde que le Roi de France Philippe VI négocia la trêve d’Esplechin qui mit fin au siège.

Le Pont des Trous – porte d’eau

Vestiges de l’enceinte – Porte de Marvis

Les tours Saint Jean