Les Citadelles

Au départ, il y avait une citadelle décidée par Louis XIV, construite selon les conceptions de Vauban de 1667 à 1674.  Ravagée par deux sièges (1709 et 1745), victime de deux démantèlements (1745 et 1782), celle-ci fut rasée en 1816 pour être reconstruite sous le régime des Pays-Bas, de 1816 à fin 1822, mais dirigée cette fois contre de nouvelles visées territoriales françaises.

C’est de la citadelle hollandaise que naquit la caserne actuelle (Quartier Général-Baron Ruquoy).

La citadelle de Louis XIV

Le siège de Tournai en 1667

Lorsqu’il se présente devant Tournai, le 21 juin 1667, Louis XIV s’est déjà, en quelques semaines, rendu maître de Berghes, Courtrai, Dixmude, Armentières, Charleroi, Ath.  Tournai ne fera pas exception, ses murs sont en piteux état et ses troupes bien maigres soit 233 Irlandais, 150 cavaliers, 4 compagnies bourgeoises et autant formées de jeunes gens réquisitionnés.

Les français ne perdent pas de temps.  Turenne conduit des troupes assiégeante tandis que Vauban construit les circonvallations destinées à couper la ville de son plat pays.  Le 25 juin, le dernier bastion, le Château, se rend.  Le 31 juillet, un mois seulement après la conquête, le premier traité entérinant la construction d’une citadelle est signé entre le Roi et les Consaux.  Vauban fixe son emplacement sur le point le plus haut de la ville.  Les travaux commencent dès le 7 août 1667.  Pour se faire on démolit environ trois cents maisons, une église, quelques couvents, une abbaye et un hôpital qui formaient la paroisse Sainte-Catherine.

Les habitants sont relogés un peu partout dans la ville mais surtout dans le quartier du château cédé à la commune moyennant paiement.  Cet argent servit à commencer les travaux de la citadelle.

Afin de parfaire les défenses urbaines, des ouvrages à cornes, demi-lunes et autres fortifications sont édifiés tandis que l’Escaut est canalisé.

La Citadelle française

Les travaux débutent le 07 août 1667 par l’aplanissement de la butte de la Haute Batterie, en un point hautement stratégique puisque dominant la ville et les environs. Louvois pose la première pierre le 28 octobre. Afin d’accélérer sa construction, les soldats du Roi sont amenés en nombre de plus en plus conséquent, travaillant même durant la peste de 1668. En l’été 1671, ils sont 30.000 œuvrant par équipes de 10.000 de 0400 Hr à 1900 Hr. Le quartier Sainte-Catherine est rasé pour y aménager l’esplanade.

Le directeur des travaux est Mr Deshoullières. Il est assez vite relevé par Jean de Mesgrigny, ami de Vauban, futur gouverneur de cette citadelle qu’il dote d’un réseau dense de mines et contre-mines. La citadelle a ainsi la réputation d’être imprenable autrement que par la famine. Les travaux de la citadelle se terminent le 24 avril 1674 soit six ans et huit mois seulement de chantier.

Description
La citadelle a la forme d’un pentagone régulier abritant en son centre les casernements. Un des puits qui, avec de nombreuses citernes, fournit l’eau indispensable à la garnison, est conservé au milieu de la cour d’honneur.
Les cinq bastions sont reliés entre eux par une courtine de 120 mètres de long. La citadelle occupait 72 Ha 81 A 53.
Jean de Mesgrigny, gouverneur de la citadelle obtient l’autorisation de recruter une compagnie franche de mineurs. Ses 120 sapeurs, formés avant tout à la construction de mines, contre-mines et écoutes, dotent Tournai d’un réseau fort dense de ces dangereux obstacles à la progression ennemie. Avec ses galeries de défense et de communication, 17 à 25 km de passages divers ont quadrillé le site. Les bastions étaient aménagés de façon à abriter tous les services nécessaires lors d’un siège : infirmerie, boulangerie, armurerie, ….

 

Première occupation autrichienne
Le 27 juin 1709, lors de la guerre de succession d’Espagne, les troupes du duc de Marlborough et le prince Eugène de Savoie, coalisés aux Provinces-Unies et à l’Autriche assiègent la ville. Celle-ci capitule le 29 juillet. La citadelle se rend le 03 septembre 1709. Cette occupation durera jusqu’en 1745.

 

Louis XV
Le 1er mai 1745, lors de la guerre de succession d’Autriche, Tournai est assiégée par les armées de Louis XV. Les anglo-autrichiens envoient alors une armée de secours qui est défaite le 11 mai à la bataille de Fontenoy. Sans secours, la ville arbore le drapeau blanc le 22 mai et se rend le lendemain. Les défenseurs se retranchent dans la citadelle qui capitule avec les honneurs militaires le 19 juin.
Après une “promenade militaire” triomphale dans les Pays-Bas, Louis XV ne conserve pratiquement rien de ces conquêtes.

 

Période autrichienne et république française
Le 05 janvier 1749, suite au traité d’Aix-la-Chapelle signé l’année précédente, Louis XV rend Tournai à Marie-Thérèse d’Autriche. Avant de restituer la ville aux Autrichiens, il fait démolir par Louis de Cormontaigne les ouvrages extérieurs du côté ville et l’essentiel des galeries de mines et de contremines. Seuls subsistent les remparts extérieurs afin de ne pas ouvrir les défenses de la ville.
La citadelle déjà amputée, disparait complètement.  La Ville récupère le quartier Sainte-Catherine et y fait tracer des rues
Il faut attendre la révolution française de 1789 pour que, s’inquiétant du nouveau danger, les Autrichiens entreprennent quelques travaux de réparation. Après la chute de Napoléon en 1814 les anglais qui occupent la ville commencent la remise en état des fortifications tournaisiennes.  Wellington entend créer une ligne de défense orientée contre la France. Après Waterloo (1815), ceux-ci cédent la place aux Hollandais qui reconstruisent la place.

Les casernes Saint-Jean et, en arrière plan, la citadelle et son esplanade

La Citadelle

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Le siège de 1709

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Le démantèlement voulu par Joseph II – musée d’Histoire Militaire

La Citadelle hollandaise

La reconstruction par les Hollandais

La citadelle hollandaise sera construite de 1816 à 1823 sur les ruines de la citadelle française.

Le capitaine ingénieur Engelen dessinera la nouvelle fortification. Pour la réaliser, il faudra d’abord exproprier les nombreux propriétaires qui avaient acquis les terrains de l’Esplanade et les bâtiments de la vieille citadelle.

Les deux fronts vers la ville furent complètement reconstruits :
– Le bastion 5 pris la place de l’ancien bastion d’Orléans ;
– La courtine 5-1 recevra une nouvelle porte : la porte royale est remplacée par une porte principale  érigée en 1820 ;
– Le bastion 1 pris la place de l’ancien bastion du Roi ;
– La courtine 1-2 ;
– Le flanc gauche du bastion 2 (ancien bastion de la Reine) est réaménagé;
– Deux nouvelles demi-lunes furent érigées pour couvrir les fronts 5-1 et 1-2.

Les cinq bastions furent numérotés de 1 à 5 suivant la règle militaire en vigueur à l’époque.

Cinq casernes seront bâties de 1818 à 1823 à l’emplacement des anciens bâtiments français :
– Les casernes A, B, C, D sont construites par l’entrepreneur Amé Payen qui en avait obtenu l’adjudication le 13 octobre 1819 pour la somme de 78882 florins chacune.
– Un pavillon pour les officiers sera adjugé à l’entrepreneur Jean-Baptiste Renard (père du célèbre architecte Bruno Renard) à la même date pour la somme de 116000 florins. Sa construction est renseignée comme terminée en 1823.

Les trois fronts vers la campagne (2-3, 3-4 et 4-5) furent simplement restaurés. Chaque flanc de bastion reçut un certain nombre de casemates d’artillerie (caves à canon) pour le flanquement des courtines. Il y avait de 5 à 7 canons par flanc.

La citadelle d’après Massu,
1831 – Musée d’Histoire militaire

Les constructions hollandaises

Casemates du front 1-2,
dites galeries Pirmez

La cour d’honneur vers 1900 telle que l’ont voulue les Hollandais

Les Forts N° 1 et N° 2

Le vallon du Rieu de Barges forme un important angle mort au sud de la citadelle. Deux forts sont alors construits sur son versant nord pour surveiller ce secteur. Le fort N° 1, complètement isolé, se trouve à 250 mètres des ouvrages avancés de la citadelle. Son secteur de défense va de l’Escaut à gauche, à la chaussée de Valenciennes à droite. Lors du démantèlement de la citadelle, le fort est vendu pour être démoli. Cette clause n’a pas été respectée laissant d’intéressants vestiges d’architecture militaire hollandaise du début du XIXe siècle.

Le fort N° 1 présente une forme pentagonale. Il comporte deux faces et deux flancs et est fermé à la gorge. Il était entouré d’un grand fossé sec sur tout son périmètre. Aujourd’hui celui-ci est partiellement comblé. L’escarpe est maçonnée tandis que la contre-escarpe est en terre. Une galerie de fusillade, garnie de meurtrières, est construite le long du fossé. Le sommet du rempart est aménagé pour fournir des feux d’infanterie et d’artillerie (canons et mortiers). Une rampe à canon permet d’amener les pièces de leur arsenal vers les emplacements de tir sur le rempart. Le coeur de l’ouvrage est une solide construction un maçonnerie formant réduit pour le personnel et le matériel. Il comporte huit locaux voûtés à l’épreuve des bombes et pourvus de meurtrières vers l’extérieur et l’intérieur. On accédait au fort par le centre du réduit, après avoir emprunté un pont de bois traversant le fossé, comblé aujourd’hui à cet endroit.
Ancienne galerie d’art appelée Fort Art, le fort N° 1 est aujourd’hui une propriété privée.

Le fort N° 2, était reliè à la citadelle par un accès dans le fossé. S’agissait-il d’une tranchée ou d’une galerie ? Nul ne le sait. Aujourd’hui, les vestiges du fort sont perdus sous la végétation dans une propriété privée.

Fort N°1, cour intérieure

Fort N°1, casemate intérieure

Fort N°1, galerie de fusillade

Fort N°2, plan d’après Massu, 1831 – Musée d’Histoire militaire

Galerie de fusillade

Fort N°1, plan d’après Massu, 1831 – Musée d’Histoire militaire

La Citadelle Belge

La caserne d’infanterie

En 1830, la citadelle est à peine terminée quand elle passe aux mains du jeune Etat belge. Elle n’a plus de raison d’être et la décision de démantèlement sera prise en 1863. Une partie des fortifications est alors détruite lors des essais de la dynamite par le Major du Génie Cocheteux en 1869. Une convention est signée entre l’Etat et la commune en 1875.

Une fois prise la décision de démanteler les fortifications de la citadelle, les bâtiments centraux de la citadelle forment l’ossature d’une nouvelle caserne : la caserne de la Citadelle.

Le 3e Régiment de Chasseurs à pied, cher au cœur des Tournaisiens, y prend ses quartiers à partir de 1877. Il y reste jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

Il faut attendre les années 1880 pour assister au démarrage des travaux :

  • construction d’un bloc d’entrée en 1887,
  • pose d’un mur de clôture en deux phases (1882 et 1897),
  • surhaussement des casemates situées à l’arrière (front 2-3) et aménagement d’une boulangerie militaire (1890),
  • aménagement de différents mess dans le bloc hôpital de l’ancienne citadelle (1890),
  • construction de lavoirs dans ou en annexe des logements (1892-1895).

Emplacement des anciens lavoirs

La cour d’honneur

De la caserne de la Citadelle
à la Caserne Général Baron Ruquoy

Les principaux travaux sont terminés vers 1900. Peu de temps avant la première guerre mondiale, en 1913 et 1914, quatre des blocs de caserne sont surélevés afin d’en améliorer les capacités de logement.

Divers bâtiments (salle de gymnastique, écurie, cuisine,…) sont encore construits dans la caserne. Le 07 septembre 1924, un monument érigé à la mémoire des morts au Champ d’Honneur des 3e et 6e Régiments de Chasseurs à Pied est inauguré. Longtemps situé sur le puits principal de la citadelle, il est déplacé en janvier 1999 pour occuper un des angles de la cour d’honneur. C’est pendant l’entre-deux-guerres que la caserne de la Citadelle reçoit le nom de Quartier Général Baron Ruquoy du nom du colonel qui commandait le Régiment en 1914.

En 1950, une série de nouveaux travaux est entreprise : nouvelles cuisines, complexe de maintenance à l’emplacement des casemates hollandaises du front 1-2 et rehaussement du dernier bloc de logement du pentagone (1952). Enfin, une nouvelle série de transformations a lieu en 1999 avec la construction d’un nouveau complexe technique à l’emplacement des casemates hollandaises du front 2-3 qui sont détruites.